Mis à jour le mercredi 26 mai 1999
LE RAPPORT annuel sur la santé dans le monde, publié au début de ce mois par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), indique que, en 1998, 4 millions de morts ont pu être imputées au tabac et que, si rien n'est fait, dans une génération, 10 millions de personnes décéderont chaque année dans le monde d'une maladie liée au tabac.
L'épidémie tabagique touche de plus en plus les pays en développement, mais l'une des tendances majeures mises en évidence dans le monde est l'inquiétante montée du tabagisme féminin et de ses dégâts. Si aucune mesure n'est prise, estime l'OMS, les décès féminins seront multipliés par dix en 2025. « Le cancer du poumon est actuellement le plus meurtrier de tous les cancers chez la femme aux Etats-Unis et son incidence dans la population féminine augmente rapidement dans les pays où les femmes fument depuis longtemps », souligne le rapport de l'OMS.
En France, rappelle le Comité français d'éducation pour la santé (CFES), en 1950, plus de 66 % des hommes et moins de 20 % des femmes fumaient. En 1998, elle étaient 34 % à fumer alors que les hommes n'étaient plus que 42 % à consommer du tabac. La proportion fumeurs/non-fumeurs s'inverse même chez les jeunes adultes : selon le baromètre adultes 1995 du CFES, 58,3 % des femmes de 18 à 24 ans fument, contre 52 % des hommes du même âge. En 1995, 56 600 décès prématurés masculins et 3 100 décès féminins ont été liés au tabagisme.
RISQUES ENCOURUS PLUS ÉLEVÉS
Cette tendance au rapprochement des comportements des hommes et des femmes est d'autant plus préoccupante que les risques encourus sont plus élevés chez la femme. Chez les deux sexes, le tabac est responsable d'une augmentation des cancers du poumon, de la bouche, du pharynx, du larynx, de l'oesophage, de la vessie et du pancréas. Chez la femme, il est à l'origine d'un accroissement des cancers du col de l'utérus et des dysplasies graves, dont les incidences sont multipliées par deux ou trois.
La prise concomittante d'oestro-progestatifs (pilule contraceptive) diminue la protection naturelle dont bénéficient les femmes face aux maladies cardiovasculaires : le risque d'infarctus du myocarde serait multiplié par un facteur compris entre 4 et 10 chez les fumeuses.
Outre une diminution de la fertilité, une survenue plus précoce d'environ deux ou trois ans de la ménopause est possible du fait de l'action antioestrogénique du tabac, avec une incidence accrue des fractures du col du fémur chez les femmes âgées. La fréquence des complications au cours de la grossesse (fausses couches, naissances prématurées ou faible poids de naissance) est en outre accrue par le tabagisme. « Le tabagisme durant la grossesse augmente le risque de retard de croissance intra-utérin, le poids de naissance étant d'autant plus faible que la quantité fumée est importante. Le tabac durant la grossesse et après l'accouchement double le risque de mort subite du nourrisson », ont insisté les experts de la Conférence de consensus française sur l'arrêt du tabac ( Le Monde du 22 octobre 1998). En 1981, 15 % des femmes enceintes fumaient durant leur grossesse ; elles étaient 25 % en 1995, rappelaient-ils dans leurs recommandations.
De plus, la fréquence des maladies respiratoires (rhinopharyngite, otite, bronchite ou asthme) est augmentée par le tabagisme passif. Enfin, les difficultés féminines au sevrage sont majorées par la crainte plus marquée d'une prise de poids à l'arrêt du tabac, la cigarette pouvant aider au contrôle pondéral. De même, les effets positifs de la nicotine sur l'humeur sont-ils parfois recherchés. Toutes ces raisons ont conduit les experts de la Conférence de consensus française à insister dans leur première recommandation sur la nécessité d'actions préventives « avec pour but de toucher de manière efficace les publics des jeunes filles et des jeunes femmes ».




