Rapport et voeu
de l'Académie nationale de médecine
présentés par le Professeur Maurice TubianaExtraits du Bulletin de
l'académie nationale de médecine
(1997, 181, n° 4 et 5, séances des 29 avril et 6 mai
1997, à paraître)
VOEU
Sur le tabagisme passif
Maurice TUBIANA
L'Académie nationale de
médecine, après avoir approuvé le rapport du groupe de
travail sur le tabagisme passif, demande que soient
prises les mesures capables de réduire ses conséquences
sur la santé.
1 ) Alors que les études épidémiologiques montrent que
le tabagisme passif est, chaque année en France, à
l'origine d'un nombre notable de décès, il est
impératif de faire respecter le droit des non-fumeurs à
respirer un air non pollué, notamment par la stricte
application sur les lieux publics, dans les
établissements scolaires, les hôpitaux et sur les lieux
de travail, de la loi Tabac-Alcool n° 91-32 du 10
janvier 1991.
2) Les conséquences du tabagisme passif sur le
foetus et le nourrisson sont particulièrement graves.
Cette intoxication tabagique nuit à la croissance du
foetus et fragilise le nouveau-né. Des recherches
devraient être entreprises pour mieux évaluer les
conséquences du tabagisme sur le cerveau.
A l'occasion du début de la grossesse, le couple et
l'entourage familial doivent être mieux informés sur
ces risques. Un soutien médical et psychologique doit
leur être apporté à cette fin.
L'Académie, saisie dans sa séance du mardi 6 mai
1997, a adopté ce vceu.
RAPPORT
au nom d'un groupe de travail
sur le tabagisme passif
Maurice TUBIANA
L'usage du tabac s'est
répandu en Europe au XVIIè siècle mais ce n'est qu'au
début du XXè siècle qu'on a soupçonné ses effets
cancérigènes et en 1950 seulement que son rôle, dans
l'étiologie des cancers du poumon, a été établie. On
s'est ensuite interessé, au cours de années 70, aux
effets de la fumée des autres sur la santé des enfants
et des adultes pour reconnaître, vingt ans plus tard,
que celle-ci constitue la plus grave source de pollution
de l'air. On trouve dans les pièces ayant été
fréquentées par des fumeurs, outre les cancérogènes
présents dans la fumée du tabac, une élévation des
taux de CO et de benzène. L'étude de la fumée
environnementtale ainsi que les dosages dans l'organisme
des sujets qui y sont soumis (notamment celui de la
cotinine urinaire) a permis de quantifier ces expositions
passives ; elles correspondant (selon les conditions) à
la consommation de 0,1 à 2 cigarettes jour. Le
conditionnement de l'air consiste souvent à recycler
celui-ci après une filtration qui n'arrête pas la
plupart des produits toxiques et ne donne donc aucune
sécurité. La climatisation des bâtiments a pour effet
d'introduire dans toutes les pièces les produits du
tabac.
Plusieurs centaines de travaus ont été publiés au
cours des denières années, sur ce sujet. Le tabagisme
environnemental cause une gêne, il aggrave les
pathologies existantes et en crée de nouvelles. Le but
de ce rapport est de préciser l'état actuel de nos
connaissances et d'examiner les mesures qu'il paraît
essentiel de prendre.
Le groupe de travail, constitué par l'Académie
nationale de médecine, a procédé à l'audition de
plusieurs experts et en a consulté d'autres par voie
postale. Les contributions de quatre experts sont
données in extenso en annexes. Le rapport est subdivisé
en cinq parties : 1) Maladies tumorales, 2) Maladies
cardio-vasculaires, 3) Grossesses et effets sur le
nouveau-né et le nourisson 4) Effet sur l'enfant et
affections respiratoires non tumorales, 5) Résumé et
recommandations.
AFFECTIONS TUMORALES
Les données récentes attribuent, dans l'Union
Européenne, 91 % des cancers du poumon de l'homme et 53
% de ceux des femmes à l'usage du tabac (OMS) ; on s'est
demandé si le tabagisme environnemental pouvait jouer un
rôle dans les cas restants (soit, en France, environ 2
000 cancers bronchiques/ an). Depuis les travaux
d'Hirayama (1981)1 et de Trichopoulos portant
sur les épouses non-fumeuses d'hommes fumeurs et les
rapports américains de 19862 concluant aux
effets du tabagisme environnemental, seize autres études
cas-témoins ont été publiées. Les résultats en sont
analysés dans l'annexe 1 ; toutes, sauf une, ont trouvé
une augmentation de la fréquence des cancers du poumon
et dans dix d'entre elles, cette augmentation était
statistiquement significative. Les méta-analyses
effectuées indiquent une augmentation moyenne de 35 % du
risque de cancer du poumon chez le conjoint non-fumeur
par rapport à celui d'un couple non-fumeur. Le risque
relatif (RR) augmente en fonction du nombre de cigarettes
fumées par le conjoint et du nombre d'années
d'exposition3.
Le risque est plus élevé si au tabagisme du domicile
s'ajoute celui du lieu de travail et varie avec la durée
d'exposition (nombre d'heures par jour et nombre
d'années d'exposition). Une dizaine d'enquêtes ont
étudié l'effet d'une exposition à la fumée passive
pendant l'enfance venant s'ajouter à l'exposition à
l'âge adulte. Dans l'enquête, portant sur le plus grand
nombre de sujets 4, le RR varie ainsi de 1,1 à 1,77 chez
les sujets exposés à l'âge adulte (intervalle de
confiance : 0,98-3,18) et atteint 3,25 (IC :
2,42-7,5) s'il s'y ajoute une exposition au cours de
l'enfance.
Les diverses sources d'erreurs statistiques (anciens
fumeurs classés non-fumeurs, existence d'autres facteurs
comportementaux ou professionnels, etc.) ont pu être
éliminées et l'ensemble des données permet,
maintenant, d'affirmer une augmentation de la fréquence
des cancers du poumon chez les sujets exposés à la
fumée des autres. Celle-ci est d'autant plus importante
que
l'exposition a été plus forte et surtout plus
longue. Quel est le nombre de cancers ainsi
causés ? L'étude faite aux Etats-Unis a conclu que
le tabagisme passif est à l'origine de 3000 cancers du
poumon/an. En France, où il y a quelques décennies on
fumait moins qu'aux Etats-Unis une estimation prudente
attribue aux expositions dues au conjoint fumeur, au
moins une centaine de cas par an à ce jour. En y
ajoutant l'exposition pendant l'enfance, au travail, et
celle due aux membres du foyer familial autres que le
conjoint et aux amis, l'ensemble des cancers dus au
tabagisme passif devrait atteindre le double de ce
chiffre, ce qui ferait de la fumée du tabac le facteur
cancérigène ayant le premier rôle dans la pollution de
l'air.
L'effet du tabagisme passif sur les autres cancers connus
comme étant associés avec le tabac (vessie, voies
urinaires, voies aéro-digestives supérieures n'a pas
été démontré ; par contre, deux études ont trouvé
une liaison, avec relation dose-effet, entre le tabagisme
passif et les cancers des sinus de la face.
MALADIES CARDIO-VASCULAIRES
Les données
expérimentales et humaines montrent que le tabagisme
passif entraîne une augmentation du risque de thrombose
artérielle, une diminution des capacités de transport
en oxygène du sang (à cause de la teneur en
carboxyhémoglobine), une diminution de la capacité à
l'effort même chez les sujets jeunes en bonne santé
apparente, un effet défavorable sur le profil lipidique
avec baisse du HDL Choletérol, des modifications
fonctionnelles et structurelles des parois artérielles
qualitativement équivalentes à celles dues au tabagisme
actif (voir annexe 2).
Les premiers travaux sur le risque de maladies
cardio-vasculaires par le tabagisme environnnemental
avaient été contestés pour des raisons
méthodologiques. Les derniers travaux ont réfuté ces
critiques en montrant l'existence d'une relation
dose-effet ainsi que la persistance d'un effet
significatif après ajustement sur les autres facteurs du
risque. Une étude épidémiologique, portant sur
305 000 couples suivis prospectivement, montre une
augmentation de 20% du risque de décès par maladies
coronariennes chez les non-fumeurs mariés à des
fumeuses (par rapport à ceux mariés à des
non-fumeuses) et une augmentatioon de 10% pour les femmes
non-fumeuses mariées à des fumeurs. Le risque relatif
est donc voisin de celui du cancer du poumon mais, compte
tenu de la prévalence beaucoup plus grande des maladies
cardio-vasculaires, le nombre de décès estimé aux
Etats-Unis se situerait entre 30 000 et 60 000
par an.
En France, en première approximation et pour les mêmes
raisons que pour le cancer du poumon, on peut admettre un
chiffre de 2 500 à 3 000 décès annuels liés à cet
effet, soit environ dix fois plus que celui des cancers
du poumon dus au tabagisme passif.
LES EFFETS SUR LE
FOETUS ET LE NOURRISSON
On a démontré, depuis 1957, les effets du tabagisme
maternel sur le développement du foetus et son poids à
la naissance. En France, celui des enfants de femmes
fumeuses est en moyenne de 200 g inférieur à celui des
autres nouveau-nés. Le poids à la naissance est
d'autant plus faible et la fréquence du retard de
croissance d'autant plus élevée que les femmes fument
davantage. Parmi les femmes enceintes qui fument, 70% consomment
plus de 5 cigarettes par jour mais, même pour celles qui
fument moins de 5 cigarettes, la réduction moyenne du
poids à la naissance est déjà de 100g. Le tabagisme
passif subi par les femmes enceintes non-fumeuses-dont le
conjoint fume semble avoir un effet équivalent à celui
d'un petit tabagisme maternel (diminution du poids à la
naissance d'environ 100 g).
Une élévation de la mortalité périnatale avait été
observée chez les fumeuses dans les études des années
60-70 ; elle n'est plus retrouvée de manière
significative dans les dernières enquêtes. Une
élévation de la fréquence des cancers chez les enfants
d'une mère- fumeuse a été signalée par certains
auteurs mais n'a pas été retrouvée dans la plupart des
études.
Le tabagisme parental est, en outre, un facteur très
important de mort subite du nourrisson 12. Certes, il est
difficile de distinguer le rôle du tabac pendant la
grossesse de celui fumé dans l'environnement de l'enfant
après sa naissance, mais il existe une relation
dose-effet entre le nombre de cigarettes fumées pendant
la grossesse et après la naissance et le risque de mort
subite ainsi qu'une gradation du risque selon que seul le
père fume, seule la mère fume, ou les deux parents
fument (risque relatif d'environ 2 à 3).
Enfin, le tabagisme maternel et parental a des effets sur
le développement du système respiratoire et pourrait
jouer un rôle dans l'insuffisance respiratoire de
l'adulte.
Un point capital concerne le développement psychomoteur
et intellectuel de ces enfants. Certaines études
trouvent une relation statistiquement significative entre
le tabagisme maternel et un retard intellectuel. Il est,
cependant, difficile de conclure car les femmes qui
fument pendant leur grossesse appartiennent plus
fréquemment que les autres à des milieux défavorisés
sur le plan socio-économique, ce qui constitue
également un facteur de retard intellectuel ; de plus,
le nouveau-né subit, dès sa naissance, les effets du
tabagisme maternel et paternel puisque les femmes qui
fument pendant leur grossesse continuent à fumer après
la naissance et ont souvent un conjoint fumeur ; il est
donc difficile de distinguer ce qui revient, dans le
retard éventuel, au tabagisme pré ou post natal. Que le
retard soit dû à l'un ou à l'autre, il mériterait
d'être étudié systématiquement, pour évaluer ses
conséquences éventuelles pendant l'enfance et
l'adolescence. EN effet, en France aujourd'hui, 25% des
femmes enceintes fument, or ce pourcentage a
régulièrement augmenté au cours des dernières
décennies, puisqu'il était de 10% en 1972 et 17% en
1981. Si l'on additionne le tabagisme maternel actif et
passif pendant la grossesse à celui parental après
l'accouchement, on voit qu'entre 40 et 50% des
nouveaux-nés français sont exposés aux effets nocifs
du tabac, ce qui est un pourcentage particulièrement
élevé et très préoccupant. Or le retard intellectuel
ainsi causé, s'il était confirmé, serait d'autant plus
nocif qu'il s'additionnerait aux facteurs liés au niveau
socio-économiquement défavorisé.
LES ENFANTS
L'exposition à la fumée du tabac est associée, chez le jeune enfant,
à une augmentation du risque d'infection des voies aériennes inférieures
(bronchite, pneumonie) et supérieures, et à une irritation des voies
respiratoires supérieures, avec des rhyno-pharingites et des otites,
toutes affections pouvant occasionner des séquelles sérieuses.
Ces affections constituent la première cause de prescription d'antibiotiques,
d'hospitalisation à cet âge et d'absentéïsme des parents. Elles occasionneraient
aux Etats-Unis environ 300 000 infections graves des voies aériennes
et 330 décès. Comme en France, le tabagisme parental est plus élevé
qu'aux Etats-Unis, on peut estimer qu'environ 60 à 100 000 infections
graves et une centaine de décès pourraient être attribués à cette
cause.
Le tabagisme environnemental peut, en outre, déterminer l'apparition
d'un asthme et, chez l'enfant asthmatique, il accroît le nombre de
crises et la sévérité des symptômes.
CONCLUSION ET
RECOMMANDATIONS
L'analyse des travaux et des nombreux rapports (CIRC,
EPA, etc.) sur le tabagisme environnemental montre la
gravité de ses effets sur la santé et confirme que la
fumée du tabac constitue la source la plus dangereuse de
pollution de l'air, en raison de sa concentration
élevée en produits toxiques mais aussi parce qu'on y
est exposé à tout âge et pendant des périodes
beaucoup plus longues que celles pendant lesquelles on
subit une pollution atmosphérique extérieure.
De toutes les conséquences du tabagisme passif, les plus
graves sont celles qui menacent les nouveau-nés et les
enfants, donc les générations à venir, sur qui se
conjuguent trois effets : une altération de la santé,
peut-être l'induction d'une dépendance physique
vis-à-vis du tabac (en raison de l'imprégnation
nicotique) et l'incitation à fumer provoquée par
l'exemple.
Les mesures prioritaires à mettre en oeuvre concernent
donc les femmes enceintes et les enfants.
1 - Renforcement, dans ies lieux clos ou couverts accueillant
le public ou constituant des lieux de travail, de la protection des
non-fumeurs, en particulier les femmes enceintes, les enfants,
les asthmatiques, les insuffisants respiratoires. Ce respect du droit
à un air non pollué requiert :
· La mise en oeuvre rigoureuse de l'interdiction de fumer dans
les établissements scolaires et les crèches. Une enquête effectuée
en 1995 par les observatoires de santé, dans six régions françaises,
a montré que dans les préaux des établissements scolaires, un
élève sur deux, un surveillant sur deux et un professeur sur cinq
fument. Ainsi, dans une proportion élevée d'établissements, les règlements
sont ouvertement violés. Aucune circulaire du ministère de l'Education
nationale n'a donné d'instructions aux responsables des établissements
concernant la lutte contre le tabac et la mise en oeuvre des lois
sur le tabac de 1976 et de 1991. L'Académie nationale de médecine
estime qu'aucune considération ne peut justifier ces manquements et
cette absence de respect envers l'intégrité physique et psychique
des enfants, c'est-à-dire l'avenir du pays.
· Des efforts pour l'amélioration de la situation dans les hôpitaux
publics et privés.
La réglementation n'est pas respectée dans la plupart des hôpitaux
et dans la moitié d'entre eux
environ, médecins et personnel non médical continuent de fumer devant
les malades, faute d'organisation interne (manque de salles et lieux
destinés aux fumeurs) et d'instructions précises, malgré les efforts
du réseau " Hôpital sans tabac -. Une circulaire de la Direction
des Hôpitaux s'impose au cours des prochains mois.
· L'amélioration de la situation sur les lieux de
travail. L'enquête précédente a montré -qu'une
entreprise sur deux seulement a pris des mesures de
protection des non-fumeurs. L'impact psychologique du
décret de 1992 s'est rapidement effacé dans de-
nombreux établissements, alors que, dans d'autres, il a
été le point de départ d'un effort réel. Le texte du
décret devrait être revu. Il faut impérativement que
les mesures soient inscrites dans le code du travail, ce
qui permettrait la sanction des infractions. La
prolongation de la situation actuelle, maintenant que les
effets délétères du tabagisme passif sont
indiscutables, ouvrirait la porte à d'innombrables
procès et -conflits. Alors que les dispositions
réglementaires sont ouvertement bafouées dans un grand
nombre d'établissements, une inertie administrative
serait affligeante.
· En ce qui concerne les lieux de restauration (cantines
et réfectoires, restaurants) la non application des
textes actuels dans les trois quarts d'entre eux impose
un réexamen de la situation et la recherche de mesures
pratiques efficaces, fondées sur le respect du droit des
non-fumeurs inscrit dans la toi de 1991. L'exemple des
compagnies aériennes montre que le succès
commercialpeut récompenser des mesures courageuses.
2 - Approfondissement des connaissances sur les effets du tabagisme
maternel (actif ou passif) pendant la grossesse et du tabagisme
environnemental sur les nouveau-nés et les jeunes enfants, notamment
en ce qui concerne le développement intellectuel.
Depuis vingt ans, la proportion des futures mères fumant
pendant la grossesse a très rapidement augmenté.
Aujourd'hui, un quart des nouveau-nés ont été exposé in
utero aux produits du tabac et environ la moitié
d'entre eux subissent un tabagisme passif d'origine
paternelle ou maternelle. Il en résulte, notamment, un
retard pondéral, l'accroissement du risque de mort
subite, des troubles respiratoires, une augmentation de
fréquence de l'asthme et un conditionnement biologique
et culturel à un tabagisme ultérieur. Il
faudrait :
- mieux informer les parents, en début de grossesse, des
risques encourus in utero et après la naissance
et leur faire prendre conscience de leurs
responsabilités vis-à-vis de leur enfant. L'action
d'information et de soutien psychologique menée auprès
de la femme enceinte doit débuter dès la reconnaissance
de la grossesse, se poursuivre en milieu obstétrical et
être prolongée par les services de protection
maternelle et infantile. Ceci requiert une formation sur
les problèmes de tabagisme actif et passif des acteurs
médicaux, paramédicaux et sociaux impliqués dans la
prise en charge de la future mère et nécessite une
concertation entre les différents personnels et les
organismes auxquels ils appartiennent.
Aider les parents qui le souhaitent à s'arrêter de fumer. Il faut
agir sur le couple afin que l'enfant soit élevé dans une pièce sans
tabac. La grande majorité des femmes ayant cessé de fumer pendant
leur grossesse recommencent ensuite. Il faut donc reconsidérer les
objectifs et les moyens de sevrage utilisés et surtout assurer un
suivi et associer les pères à cette action. Enfin, la protection des
femmes enceintes sur les lieux de travail et dans les lieux publics
devrait faire l'objet d'une attention toute particulière.
Pour améliorer durablement la situation, il faut surtout
oeuvrer en profondeur et informer spécifiquement les
adolescentes, au collège et au lycée, sur le risque du
tabagisme pendant la grossesse, et faire baisser la
proportion d'adolescents qui fument. Or, en France,
celle-ci est la plus élevée des pays de l'Union
européenne : environ les 2/3 à 18 ans. La
loi tabac de 1976 (loi Veil) et celle de 1991 (loi Evin)
rendent obligatoire l'information des jeunes à l'école. L'Académie nationale de
médecine déplore que cette disposition n'ait jamais
été véritablement mise en oeuvre. Elle devrait
s'inscrire dans le cadre de l'éducation à la santé à
l'école, entre 5 et 12 ans. Il serait d'ailleurs
nécessaire que les directives de l'Union européenne sur
l'éducation de la santé à l'école fassent l'objet de
textes l'institutionnalisant à l'échelle nationale.
La législation doit, impérativement, protéger les non-fumeurs,
d'une part pour respecter le droit des plus vulnérables à respirer
un air non nocif, d'autre part parce que l'exemple peut les conduire
à fumer. Le tabagisme est un comportement d'incitation. On ne peut
espérer diminuer significativement la prévalence du tabagisme chez
les jeunes, aussi longtemps que les adultes, qui leur servent de modèles,
fumeront en leur présence. La protection des non-fumeurs est une action
indispensable de santé publique, elle est essentielle pour la santé
des générations à venir.
Remerciements
Les membres du groupe remercient très vivement tous ceux
qui ont bien voulu les aider pour la préparation de ce
rapport, en particulier les auteurs des annexes M'Is M.
Kaminski, A.J. Sasco et MM. J. Trédaniel et D. Thomas.
Ils remercient aussi tous ceux qui, oralement ou par
correspondance, ont fait bénéficier ce rapport de leurs
remarques : M'Is H. Sancho-Garnier et C. Gueguen,
MM. P. Boffetta, G. Dubois, A. Hirsch, G. Lagrue, D.
Widiocher.
L'Académie, saisie dans sa séance du mardi 29 avril
1997, a adopté ce rapport.
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