Multiple Chemical Sensitivity
Hypersensibilité chimique multiple
Docteur,
Encore toutes mes félicitations pour votre site.
J'ai été particulièrement sensible aux problèmes
de l'Aéroport de Paris, et des wagons mi- fumeur et mi- non-fumeur (séparation
du wagon par vitre ou un étage fumeur et l'autre non-fumeur). J'aurais
l'occasion prochainement de faire part de mon témoignage à ce
sujet.
Je vous écris afin d'une part de vous sensibiliser sur le problème
du tabagisme passif sur le lieu de travail (!), particulièrement le problème
des bureaux individuels et d'autre part de vous informer de la maladie orpheline
dont je suis atteint, de la galère quotidienne qu'elle représente,
de l'incertitude qu'elle fait peser sur l'avenir. Je suis sûr que cette
histoire, ayant pour origine une mauvaise qualité de l'air vous intéressera.
Cette lettre n'est qu'un résumé de la situation et des informations
que j'ai rassemblées à ce sujet.
Je suis membre de la DNF et son président Robert Le Cam m'a donné
à de nombreuses reprises de précieux conseils. Il est donc dans
l'ordre des choses que je devienne membre de votre association.
Veuillez agréer, Docteur, l'expression de mes salutations distinguées.
AG
Tabagisme sur le lieu de travail
" Dans l'entreprise, l'interdiction de fumer vise tous les lieux à
l'exception des bureaux individuels " :
A priori, un fumeur qui fume dans son bureau individuel ne peut porter préjudice
aux autres et pourtant la réalité vécue est bien différente.
Les arguments développés ci-après sont réels et
quotidiens, pour la plupart personnels ou rapportés par des amis travaillant
dans d'autres entreprises. Je les ai classé en trois groupes.
1) Les raisonnements primaires de ceux qui partagent un bureau collectif,
à deux ou trois
:
· " avant j'étais seul dans mon bureau, on m'a mis quelqu'un
contre ma volonté, moi je continue à fumer tant que
"
· " normalement j'ai droit, comme les autres à un bureau
individuel, alors je fume comme si j'avais un bureau individuel
"
· " dans ce bureau, personne ne se plaint
"
2) Le rapport de force vis à vis des visiteurs :
· " j'autorise un non-fumeur qui vient dans mon bureau à
ne pas fumer " (entendu il y a quelques mois)
· lorsque je vais demander un renseignement à un fumeur ou à
l'un de ses collègues dans son bureau " individuel " je suis
celui qui sollicite donc si je ne suis pas content
· " si vous ne pouvez pas supporter de la fumée pendant 5
mn "
· un premier entretien avec son futur responsable hiérarchique
où celui-ci allume une pipe sans demander si cela dérange, clairement
pour voir si ce n'est pas un emmerdeur de non-fumeur qui se présente
(cas récent vécu par un ami Y. B.)
3) En plus de ces situations relevant du comportement humain il y a le problème
de la fumée environnementale, liée à la configuration des
bâtiments :
· rien n'oblige un fumeur qui fume dans son bureau à maintenir
fermée la porte de ce bureau, la fumée se propage donc à
tout l'étage
· s'il existe plusieurs bureaux " fumeurs " même la porte
fermée, en absence d'extracteur d'air (ce qui est toujours le cas en
pratique), la fumée s'installe d'abord dans les parties communes puis
dans les autres bureaux
· de nombreux immeubles de bureaux sont en fait constitués à
chaque étage d'un " plateau " découpés en bureaux
individuels par des cloisons et un faux plafond commun constitué de dalles
amovibles. Ce faux plafond récupère la fumée et le redistribue
aux autres bureaux, en particulier à celui qui a la fenêtre ouverte
· lorsqu'un fumeur fume la fenêtre ouverte, une partie de la fumée
sort effectivement mais une partie de la fumée s'engouffre dans le bâtiment
(quand on ouvre la fenêtre, l'air rentre !)
C'est cette fumée environnementale qui est à l'origine de ma maladie.
L'on est obligé de passer chaque jour environ huit heures sur son lieu
de travail. Les conséquences sur la santé de la fumée environnementale,
même à faible niveau, sont bien plus graves que si l'on ne faisait
qu'y passer que quelques minutes, comme dans un magasin par exemple. L'on peut
éviter d'aller dans un restaurant trop enfumé, c'est plus difficile
d'éviter d'aller travailler.
Souffrir de la MCS
J'ai été victime, dans le cadre de mon travail, au cours des années
97 et 98 d'un tabagisme passif, de faible intensité si l'on le compare
à d'autres lieux publics, mais permanent, du matin au soir. En plus,
l'ensemble des locaux ainsi que mon bureau étaient recouverts d'une vieille
moquette particulièrement "dégueulasse" imprégnée
de particules de fumée de tabac.
Peu de temps après mon arrivée dans ce bâtiment (septembre
97) j'ai commencé à souffrir de brûlures, de picotements
sur la langue (comme des aiguilles), le haut du palais, la gorge, les lèvres.
Le mal s'étendait dans ma gorge en fonction de la durée des expositions.
J'ai souffert ensuite de maux de tête, de picotements aux yeux, de sensations
particulières dans les lèvres.
Je suis devenu hyper - hypersensible à la fumée de tabac. L'hypersensibilité
s'est propagée ensuite à la pollution des villes (je voyage à
l'étranger pour mon travail), au ciment, au plâtre, à un
composant présent dans l'eau de mer
En juin 2000, je suis devenu hypersensible à l'encre, principalement
à l'encre des photocopies, ce qui me pose un réel problème
car je suis enseignant et passe la plus grande partie du temps à mon
bureau à lire, classer des documents. Ceci m'oblige désormais
à recouvrir en permanence tout document d'une feuille de plastique transparente.
Dès que je néglige cette protection j'ai des mots de tête
à l'arrière du crâne, puis des vertiges qui deviennent insupportables.
Cette hypersensibilité provoque ensuite d'autres sensibilités,
comme à l'isorel (sorte de contreplaqué). En juillet 2000 j'ai
par exemple été contraint d'arrêter de dispenser un cours
et de demander un nettoyage d'une partie de la salle de cours car la poussière
de l'encre des feutres utilisés pour écrire au tableau me provoquait
les mêmes réactions. Je ne pouvais plus me concentrer. En septembre
2000 j'ai découvert que je ne supportais plus la terre des champs sans
culture, " lorsqu'il fait sec "
Après une exposition au tabac (vêtement, objet ou local imprégné
...) les réactions qui s'en suivent se prolongent durant plusieurs heures.
Si je suis exposé durant quelques heures, les réactions se prolongent
durant plusieurs jours. Je "mémorise" les expositions. De plus,
la sensibilité croit avec les expositions et s'étend à
d'autres produits.
Il ne m'est plus possible d'entrer dans une pièce ou quelqu'un a fumé.
Je ne supporte plus par exemple la proximité d'un vêtement imprégné
de fumée. Je dois changer de place dans le train si quelqu'un portant
un tel vêtement s'assied à côté de moi. Il m'est impossible,
lorsque je prends un avion Air France de prendre place aux anciens sièges
" fumeurs ", alors que les vols sont 100% non fumeur depuis des mois.
En ce qui concerne mon emploi je suis dans une situation d'une extrême
précarité. Après des courriers à la DRH demandant
en vain (avec d'autres) de faire respecter les lois anti-tabac, à l'étage
où nous étions, j'ai déménagé fin 98 dans
un autre bâtiment où les fumeurs sont moins nombreux et beaucoup
plus respectueux des autres. C'est à partir de cette période que
je me suis rendu compte que je n'étais plus normal. J'ai dû changer
de bureau plusieurs fois pour éviter les étages où il y
avaient des fumeurs. Le bâtiment principal m'est en pratique interdit,
puisque je ne peux y tenir quelques minutes. Mon bureau actuel (depuis février
2001) se situe pratiquement au seul étage où les fumeurs font
preuve à mon égard d'une attention remarquable.
Pour éviter les particules de tabac j'assure le ménage de mon
bureau moi-même. J'ai donc été contraint d'acquérir
un aspirateur haut de gamme, muni d'un micro filtre. Pour supporter ce bureau
occupé un temps par un fumeur j'ai dû laver trois fois de suite
le mobilier, les murs et le sol puis devant l'absence de résultat suffisant
acheter un appareil générateur de vapeur pour nettoyer, encore
trois fois de suite le mobilier, les murs et le sol. Ne pouvant venir à
bout du plafond, j'ai tendu une bâche. Sans ces mesures, j'ai eu pendant
plus d'un mois, pratiquement en permanence, envie de vomir et des troubles intestinaux.
Je tiens à préciser que la direction de mon entreprise a toujours
été favorable aux non-fumeurs et n'a jamais contesté le
bien fondé de mes lettres ni les plaintes des autres salariés
(certains salariés membres du CHCT sont beaucoup plus critiquables).
Il est désormais officiellement interdit de fumer dans l'ensemble de
l'entreprise. L'employeur rembourse même les patchs. Malheureusement elle
est, comme par le passé, incapable de faire respecter ces mesures et
de nombreux fumeurs ignorent et refusent en toute impunité ces dispositions.
Un fumoir a par exemple été mis en place (officiellement ?) dans
le sas d'entrée (passage obligé), sans extracteur de fumée.
La situation est la même, à certains étages, au niveau du
palier. Si la direction avait choisi de mettre en place des fumoirs et de les
rendre réellement obligatoire, je n'aurais pas cette maladie.
Sur le plan médical, j'ai consulté sans succès des médecins,
un ORL, un allergologue avant de découvrir à l'hôpital Boucicaut
(en 99) puis à l'Hôpital Pasteur (2000) que je souffre d'une maladie
"que les américains appellent MCS " pour Multiple Chemical
Sensitivity". En résumé, des personnes qui se sont sensibilisées
à un produit chimique à force de le respirer en permanence "
à petite dose ". Cette sensibilisation débute par un produit
bien précis, la fumée dans mon cas, et gagne ensuite de nombreux
autres produits qui n'ont rien à voir avec celui d'origine, par exemple
les colles de panneaux de particules (bois aggloméré), les produit
de lavage des vêtements à sec, de traitement du bois, l'encre...).
Cette maladie handicapante, très peu connue en France, inconnue des médecins,
même des allergologues et des spécialistes du tabac (j'ai consulté
M. Dautzenberg), "sans véritable traitement", "ne va en
général qu'en s'aggravant". "les malades finissent par
s'isoler car toute vie sociale leur devient impossible ". (situation que
je vis au quotidien). Cette maladie n'est pas une allergie. Il n'existe pas
de prédisposition particulière. Mon histoire, les symptômes,
les conséquences sont en parfait accord avec la littérature américaine.
Une enquête a révélé, aux Etats Unis, qu'après
8 ans de maladie, 80 % des malades ne pouvaient plus travailler à plein
temps. Cette maladie représente, au Etats Unis, environ 10 à 20
% des cas du " Syndrome de la guerre du Golfe " au cours de laquelle
les soldats ont été exposés aux fumées des puits
de pétrole (il semble qu'il n'y est pas de tels cas en France). De nombreux
malades, aux Etats Unis, ont saisi la justice. Le résultat des procès,
pour certains encore en appel varie en fonction des Etats (je simplifie). Ce
contexte n'est pas favorable à la recherche médicale.
Depuis fin 97, en comptant les consultations, visites médicales, les
radios, les scanners cérébraux, une fibroscopie, un examen d'olfacto-métrie
j'arrive à trente deux visites ou examens, auxquels il faut ajouter
une quinzaine de séances de dentistes uniquement destinées à
prévenir une éventuelle " complication " de la maladie
avec autre chose. De plus, avant de connaître précisément
l'existence cette maladie, je passais, auprès des médecins et
des autres pour un " emmerdeur ", un " obsédé "
par les cigarettes
(le médecin du travail à remué
la main au niveau de la tête (geste montrant ma folie) " ho vous
).
En conclusion, je suis atteint d'une maladie causée par la fumée
des autres sur mon lieu de travail, sans espoir de traitement, qui me fait souffrir
chaque jour, malgré d'infinies précautions. En ce qui concerne
ma carrière je vis au jour le jour redoutant un déménagement,
qu'un fumeur ne s'installe à l'étage, que l'on fume en mon absence
dans une salle de cours
Je suis tributaire de la sympathie de ma hiérarchie et de mon entourage.
Il m'est impossible de rechercher un autre emploi compte tenu de mes "exigences".
Le docteur que je consulte à l'Institut Pasteur est Prêt à
demander un aménagement du poste de travail. Cette demande permettrait
en plus de " démystifier " et d'expliquer mon comportement.
Mais, il est possible que cette demande se transforme en incapacité de
travail avec licenciement
C'est ce qui est arrivé avec un patient,
atteint de MCS, qui a imprudemment remis au médecin du travail un document
compromettant (je n'ai pas d'autres informations sur cet exemple).