Objectif
Évaluer l'effet du tabagisme passif ([TP] ; fumée de tabac contenue dans l'environnement) sur la santé des enfants.
Source des données
Une recherche dans la littérature a identifié les études en langue anglaise relatives à l'association entre pathologies pédiatriques et TP, réalisées entre 1966 et 1994.
Sélection des études
Étaient sélectionnées les études cas-témoins et de cohorte dont les données permettaient de construire des tableaux de contingence 2 × 2 pour l'exposition au TP et l'état pathologique. Les pathologies et circonstances prises en compte comprenaient l'otite moyenne, la pose d'un drain transtympanique, l'amygdalectomie, l'adénoïdectomie, l'asthme, la toux, les pathologies des voies respiratoires basses (maladies, hospitalisations, décès) et les incendies provoqués par les fumeurs.
Recueil des données
Les données recueillies concernaient la méthodologie de l'étude, l'exposition au TP, les pathologies, le nombre et l'âge des enfants étudiés. Pour chaque maladie, le risque relatif global (RR) était calculé lorsqu'il s'agissait d'études de cohorte et l'odds ratio global (OR) lorsqu'il s'agissait d'études cas-témoins. La proportion de cas imputables à l'exposition au TP a été calculée, puis on a estimé le nombre réel de cas annuels imputables au TP aux États-Unis.
Principaux résultats
Toutes les pathologies et circonstances étudiées étaient associées au TP. Le RR d'otite moyenne était de 1,19 (IC à 95 % : 1,05 à 1,35) (4 études de cohorte) et l'OR de 1,58 (IC : 1,11 à 2,24) (7 études cas-témoins) ; l'estimation du nombre de cas annuels imputables au TP était de 354 000 à 2,2 millions. L'OR pour la pose d'un drain transtympanique était de 1,38 (IC : 1,02 à 1,85) (4 études cas-témoins) ; l'estimation du nombre de cas annuels imputables était de 5 200 à 165 000. Le RR d'amygdalectomie et/ou d'adénoïdectomie était de 1,60 (1 étude de cohorte) ; l'estimation du nombre de cas annuels imputables était de 14 000 à 21 000. Le RR d'asthme était de 1,43 (IC : 1,31 à 1,56) (14 études de cohorte) et l'OR de 1,46 (IC : 1,14 à 1,85) (3 études cas-témoins) ; l'estimation du nombre de cas annuels imputables était de 307 000 à 522 000. Le RR de toux était de 1,36 (IC : 1,26 à 1,46) (6 études de cohorte) ; le nombre de cas annuels imputables était estimé à 1,3 à 2 millions. Le RR d'infection des voies respiratoires basses chez l'enfant âgé de moins de 5 ans était de 1,46 (IC : 1,33 à 1,60) (9 études de cohorte) et l'OR de 2,5 (IC : 1,86 à 3,36) (6 études cas-témoins) ; l'estimation du nombre de cas annuels imputables était de 375 000 à 626 000. Le RR d'hospitalisation pour une infection des voies respiratoires basses chez le jeune enfant était de 1,55 (IC : 1,41 à 1,71) (6 études de cohorte) et l'OR de 2,41 (IC : 1,75 à 3,30) (5 études cas-témoins) ; l'estimation du nombre de décès annuels imputables était de 136 à 212. Le nombre de décès dans un incendie directement provoqué par un fumeur était estimé à 148.
Conclusion
L'exposition au tabagisme passif augmente la morbidité et la mortalité infantiles (otite moyenne, pose d'un drain transtympanique, amygdalectomie, adénoïdectomie, asthme, toux, atteinte des voies respiratoires basses [maladies, hospitalisations, décès], décès dans un incendie provoqué par un fumeur).
Source de financement : Robert Wood Johnson Foundation.
Commentaire
La formulation des politiques sanitaires sur la base de faits prouvés représente une nouvelle orientation majeure dans certains secteurs de la médecine [1] et les revues systématiques, comme celle de DiFranza et Lew, constituent un outil essentiel dans cette entreprise. Si la valeur des revues systématiques d'études d'observation reste discutée [2, 3], plusieurs domaines ne pourront jamais bénéficier des preuves issues d'essais comparatifs randomisés : le tabagisme passif et ses effets chez l'enfant en sont un exemple typique. Malgré les limites potentielles des méta-analyses d'études d'observation, les conclusions de ce travail sont convaincantes en raison d'une part de la concordance des constats des différents types d'études (cas-témoins, cohortes) et d'autre part, du nombre de pathologies et de circonstances prises en considération (par exemple, affections des voies respiratoires hautes et basses, décès dans un incendie), ainsi que des méthodes utilisées pour prouver l'exposition au TP.
Les résultats de DiFranza et Lew indiquent que le TP est source d'une morbidité significative chez l'enfant. Il convient, dès lors, de s'interroger sur les actions envisageables. Certes, les incitations au sevrage tabagique au niveau communautaire peuvent jouer un rôle [4], mais la politique de taxation des prix de vente aura probablement une influence plus déterminante [5, 6]. Il est également impératif qu'une loi oblige les fabricants à mettre au point des cigarettes s'éteignant spontanément ou ne pouvant pas provoquer d'incendie. Une question particulièrement préoccupante reste néanmoins posée : quel sort faut-il réserver aux parents qui continuent de fumer malgré les méfaits évidents de leur tabagisme sur l'état respiratoire de leurs enfants ? Faut-il considérer cette attitude comme une forme « subtile » de mauvais traitement ou de négligence ? Quel type de politique pourrait-on opposer à ce grave problème de société ?
On peut au moins espérer que les résultats de cette étude influenceront les décideurs politiques : en effet, tant qu'il sera négligé, le tabagisme passif sera source d'une morbidité importante, voire de mortalité, chez un nombre toujours croissant d'enfants.
Terry P. Klassen
Children's Hospital of Eastern Ontario,
Ottawa, Ontario, Canada
Morbidity and mortality in children associated with the use of tobacco products by other people. Pediatrics 1996;97:560-568.
Source : EBM Journal 1997;N° 6:29
Site Web : EBM Journal